Pourquoi retirer plus de votre REER que ce dont vous avez besoin est parfois la bonne décision
La semaine dernière, on a parlé de la fenêtre fiscale des premières années de retraite : pourquoi c’est la période la plus précieuse de toute votre retraite sur le plan fiscal.
Aujourd’hui, je veux aller plus loin et vous expliquer concrètement ce qu’on fait avec cette fenêtre. Parce que la stratégie est contre-intuitive, et c’est exactement pour ça que la plupart des gens ne l’appliquent pas.
L’idée qui surprend presque à chaque fois
Retirer plus du REER que ce dont vous avez besoin pour vivre, délibérément, pendant les premières années de la retraite.
Pas parce que vous en avez besoin. Pas parce que vous voulez dépenser davantage. Mais parce que c’est le moment où chaque dollar retiré vous coûte le moins cher fiscalement. Et parce que ce même dollar, retiré à 72 ans dans un contexte de revenus empilés, vous coûtera potentiellement deux fois plus cher.
L’objectif n’est pas d’optimiser l’impôt cette année. C’est de minimiser l’impôt total sur l’ensemble de la retraite.
Pourquoi le REER grossit quand on ne le touche pas
Voici ce qui arrive quand on laisse le REER croître sans y toucher jusqu’à 72 ans.
Le solde augmente avec les rendements chaque année. Mais à 72 ans, les retraits minimums du FERR deviennent obligatoires, calculés en pourcentage du solde selon votre âge. Ce pourcentage augmente graduellement chaque année.
Pour quelqu’un avec 1 000 000 $ dans un FERR à 72 ans, ça représente environ 52 800 $ de retraits obligatoires, entièrement imposables, même si vous n’avez pas besoin de cet argent pour vivre. Si en plus vous recevez la RRQ, la PSV, et des dividendes de votre société, vous pouvez facilement vous retrouver avec un revenu imposable de 90 000 $ à 120 000 $, dans la zone de récupération de la PSV, là où chaque dollar supplémentaire peut coûter 55 à 65 cents d’impôt réel.
Tout ça parce que le REER a été laissé intact trop longtemps.
Ce que l’accélération stratégique change concrètement
En retirant stratégiquement pendant la fenêtre fiscale, dans des tranches d’imposition favorables, quand le revenu imposable est bas, vous réduisez le solde du FERR avant que les retraits minimums obligatoires ne s’imposent.
Un FERR moins gonflé à 72 ans, c’est des retraits minimums plus bas. Un revenu imposable plus facile à gérer. Moins de risque de récupération de PSV. Et un impôt total sur 25 ans significativement réduit.
L’excédent retiré, la portion dont vous n’avez pas besoin pour vivre, est transféré dans le CELI. Là, il croît libre d’impôt, sans jamais déclencher de récupération de PSV, sans jamais s’additionner au revenu imposable.
Un exemple simplifié
Deux entrepreneurs. Même REER de 800 000 $ à 62 ans. Même rendement de 5% par an.
Le premier ne touche pas à son REER avant les retraits minimums obligatoires à 72 ans. À 72 ans, son FERR vaut environ 1 300 000 $. Ses retraits minimums annuels dépassent 68 000 $.
Le deuxième retire 60 000 $ par an de son REER pendant 10 ans, dans des tranches d’imposition favorables, et transfère l’excédent dans son CELI. À 72 ans, son FERR vaut environ 700 000 $. Ses retraits minimums annuels sont autour de 37 000 $.
Même point de départ. Même rendement. Mais une différence de 31 000 $ de revenus obligatoires annuels qui s’empilent sur tout le reste, année après année, pendant des décennies.
La limite à ne pas franchir
L’accélération stratégique n’est pas une invitation à vider le REER le plus vite possible. Il y a un niveau de revenu imposable au-delà duquel chaque dollar retiré coûte plus cher que ce qu’il économisera plus tard. Ce seuil dépend de votre situation : vos autres sources de revenus, votre TEMI projeté, la situation de votre conjoint.
C’est précisément pour ça que cette stratégie se modélise. Elle ne s’applique pas mécaniquement. Mais quand elle est bien calibrée, son impact sur 25 ans est parmi les plus significatifs d’un plan de décaissement coordonné.
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Jimmy Thomassin, Pl. Fin.
Planificateur financier | Spécialiste décaissement entrepreneur
jimmy.thomassin@ig.ca